Lettre ouverte au ministre de l'├ęconomie

Lettre ouverte : AAH, complément de ressources et revenus

Monsieur le Ministre de l’Économie,

Par ce courrier, je vous implore de m’accorder une grâce fiscale pour l’année 2017.

Je n’ai jamais pu travailler de ma vie, et pour cause, dès la naissance, j’ai eu des bâtons dans les roues, en l’occurrence le cordon ombilical dans mon cou pendant assez de temps pour que je sois IMC. Pas l’IMC dont on nous rebat les oreilles, sur les pages publicitaires du service télévisuel public, non, c’est le vrai, celui qu’on aime, l’infirme moteur cérébral et en plus celui-ci est garanti à vie. A priori, du moins c’est mon cas depuis 46 ans.

J’ai fait l’erreur cette année-là de mettre ma voiture sur un site de location. Je n’ai jamais gagné d’argent de ma vie sauf en 2017. En louant ma voiture que je ne pouvais plus conduire depuis 3 ou 4 ans à cause d’un problème au bras. Cette voiture a tout l’équipement nécessaire transporter une personne dans son fauteuil et j’ai pu dépanner beaucoup de familles.

Grossière erreur puisque cette location m’a rapporté 800 euros.

Je suis très bête car je pensais que le complément de l’allocation adulte handicapé, qui m’a été laborieusement accordé par la Maison Des Personnes Handicapées du fait de mon incapacité de travail était justement réservé aux personnes ne pouvant pas travailler. Comme en louant ma voiture je n’ai pas travaillé, puisque je ne peux pas, je n’ai pas du tout pensé que j’allais être amputé d’une partie de mon allocation adulte handicapé, et j’ai appris à mes dépens que le complément était automatiquement supprimé dès lors que cette allocation est réduite.

J’ai perdu 2 000 €.

J’ai fait toutes les démarches que l’ordinateur de la CAF (pardon je voulais dire l’administration) m’a dit de faire jusqu’à avoir une décision de justice me déboutant de ma demande de restitution de mes allocations. Pour ce grand dossier de 20 pages il a fallu 3 ans de démarches. C’est court parce que je n’ai pas fait appel de cette décision : je ne sais pas pourquoi…

Paresse ou alors je ne voulais pas engorger les tribunaux pour 20 pages, c’est énorme les pauvres ont mis 1 an pour étudier tout ça ! Et puis j’ai dû me faire opérer.

Étant donné qu’a aucune de ces étapes mon handicap n’a été considéré, je pense que seules des considérations économiques se cachent derrière ces réglementations incompréhensibles, vous seul pouvez régulariser ma situation. Un droit octroyé pour une incapacité physique est conditionné à un revenu, n’importe lequel. Par exemple si j’étais en couple, ce serait celui du couple qui amputerait mon allocation adulte handicapé, comme si mon handicap changeait.

Et c’est fatigant. Toujours dire non aux dizaines de femmes qui chaque semaine m’implorent de vivre avec moi. Je suis obligé de leur dire « non je t’aime comme une amie, une sœur mais tu comprends je ne peux pas aller plus loin sinon la CAF va nous priver de tant d’argent. ». C’est dur d’être handicapé de nos jours. Et c’est pareil pour les nombreuses collaborations que je refuse pour écrire un papier dans un journal. Si j’acceptais, je serais modestement payé et déclaré, et là encore la CAF m’enlèverait une telle somme d’argent que la quantité de texte qu’il me faudrait pour écrire serait irréalisable avec mon handicap. D’ailleurs ce n’est même pas moi qui écris ces mots. Je paye quelqu’un pour le faire sous ma dictée. J’ai beaucoup de mal à parler et ma main qui sert à écrire me fait encore plus mal. Ça aurait été facile de fermer ma gueule. Mais comme ceci est mon quotidien au bout d’un moment il faut bien que ça sorte. C’est tombé sur vous Monsieur le Ministre. Tombé au mauvais moment puisqu’avec des milliards dépensés en ces temps dramatiques les 800 euros d’impôts et 2 000 euros d’allocation sont bien ridicules mais c’est ma vie (ridicule). À moins que ce ne soit ces administrations qui nous rendent, à nous les usagers, une vie ridicule.

Mon destin est entre vos mains, Maître de l’Economie et par conséquent de toutes les administrations françaises.

Veuillez accepter mes humbles doléances grandes régisseur de la France, Monsieur le Ministre des Finances : octroyez-moi cette grâce fiscale pour 2017, comprenez que je reste assis, m’agenouiller n’est pas prévu dans les fiches de postes des aides à domicile.

Et puis, non, je ne vous demande rien, tout ministre aussi habile que vous êtes, que pouvez-vous faire face à de telles administrations ? Il faudrait une armée de ministres pour rebâtir toute l’administration française, car si je parle de mon point de vue de citoyen handicapé, je connais très peu personnes n’ayant pas rencontré de problèmes administratifs dans leur vie, quelle qu’elle soit !

Je suis sûr que vous aussi, Monsieur le Ministre des Finances ou de l’Economie, bref des sous, êtes souvent exaspéré par votre administration. Si on cherche toujours si c’est l’œuf qui fait la poule ou la poule qui fait l’œuf, on peut tout aussi bien se demander si « le politique » dirige son administration ou l’administration « anime » son ministre.

Alors je ne vous demande rien, je vais continuer à subir, mais cette fois, je n’aurais pas fermé ma gueule !

Le ton léger de cette lettre n’enlève en rien la gravité du problème et le profond respect que je vous prie de recevoir Monsieur le Ministre de l’Economie et des Finances.