entette

J.M.J de Rome

Ce récit n'est pas une plainte mais un témoignage objectif d'un handicapé comme notre société en sera composée de plus en plus, leurs intégration étant de plus en plus effective, et qui veux faire sentir l'importance sous-estimée de la présence et du soutien "adapté" de l'église pour les personnes physiquement handicapées.

Je suis parti aux JMJ pour me réconforter dans ma foi vacillante. Par hasard, j'ai participé au comité handicap de l'organisation des JMJ de bordeaux (je découvrais en même temps un aspect de l'Eglise que je ne connaissais pas et qui m'a vraiment attiré, plus pratique, j'ai découvert d'autres mouvements que la Frat [2], notamment Foi et lumière qui m'a invité à une de leur rencontre.)

Je partais donc en connaissance de cause, même si parmi les 80 personnes du groupe je ne connaissais bien que Thierry et Jeanne.

Au départ, je suis séparé de Jeanne. Nous étions répartis par petits groupes, une seule personne en fauteuil par groupe et celui de Jeanne est dans l'autre bus. Quand je pars comme ça mon instinct d'anxieux revient au galop et cette courte séparation insignifiante m'a réellement affecter (les IMC [3] contrôlent très mal leurs émotions).

Après la cérémonie d'envoi la journée de bus commence : 8 h, le sens du pèlerinage s'éveille enfin en moi. Deux jours de bus à peine pour rejoindre les pas de Pierre et Paul, ces marcheurs infatigables arpentant des "routes" bien plus dangereuse que les nôtres. Nous faisons halte non loin de Turin vers minuit, (après avoir croiser un feu rouge d'un quart d'heure en montagne).

Le lendemain je peux changer de bus et retrouver Jeanne (il est vrai que la veille je n'avais pas pu beaucoup parler. (déjà, me faire comprendre demande des efforts, pour mon interlocuteur et pour moi, alors dans un bus avec le bruit, mal installé, on ne peut pas parler beaucoup (ou écrire, car j'écris souvent les mots que l'on ne comprends pas, alors qu'il est plus facile pour moi de parler (même en répétant) que d'écrire).

Le soir nous arrivons enfin dans la maison de retraite dans laquelle nous sommes hébergés. Nous repartons aussitôt dans la paroisse où une cérémonie d'accueil nous attend. Un grand bol d'air et un verre de diabolo-menthe nous sont offerts en même temps que le sac du pèlerin. Rentré à la maison de retraite je cherche un peu de calme et d'isolement dehors. Après 5 secondes sous un ciel sombre mais paisible, un homme qui accompagne notre groupe et que je ne connais pas encore vient gentiment me reconduire. Je suis trop fatigué et énervé pour lui expliquer dans une élocution claire que je suis bien dans ma tête et ai seulement besoin de solitude. là j'ai peur, car enfin de compte je me retrouve dans ce groupe à cause de mes déficiences physiques, mais mon cour et mon âme sont parmi les autres pèlerins de Bordeaux. Je dois me résigner à laisser de côté pour quelques jours mon indépendance. Là me revient la question de la position, voire du rôle de l' handicapé dans l'Eglise actuelle, mais surtout de demain. alors douche froide et au lit...(ce lit qui, je l'ai appris par la suite était un privilège vis à vis de nos accompagnateurs et des autres pèlerins, qui dormaient par terre....)

Le lendemain matin je retrouve Jeanne et lui explique mes malheurs de la veille. Avant de partir pour une messe dans la paroisse qui nous accueille, elle dit à l'homme du soir précédent une plaisanterie sur ce qui s'était passé la veille et ainsi il comprend parfaitement qu'on est handicapé, certes, mais tout à fait conscient de ses limites et responsable. Il vient s'excuser après, m'expliquant qu'il ne pouvait savoir et qu'il avait agi par prudence. C'est normal, il accompagne un groupe de 50 ou 60 (moi et les chiffres ça fait 2) handicapés, dont plusieurs nécessitent une surveillance permanente, il ne pouvait imaginer que je vivais tout seul et que je n'allais pas partir.

 

Après une messe en plein air dans la paroisse et un bon restaurant(le seul), nous allons faire un tour à Rome où nous pouvons marcher au pied de l'imposant Colisée. Nous mettons 4 heures pour faire 12 kms afin de rejoindre notre hébergement. Il n'est pas alors possible d'accueillir l'autre groupe d'handicapés français qui partage notre logement. Le repas n'est pas trop mauvais par rapport au reste du séjour. Nous mangions mal, pas très équilibrés, et, pas assez compte-tenu que mon handicap me demande beaucoup d'énergie.

Le mardi matin, nous nous reposons. Puis nous partons pour la place Saint Pierre retrouver ces deux millions de jeunes du monde entier. Il semble qu'un passage est prévu pour les handicapés, mais je ne le saurais jamais. En effet, nous entrons sur la place par la porte qu'on nous a indiquée et nous tentons de traverser l'immense foule pour arriver au site qui nous est réservé. Cette traversée est impressionnante, car en fauteuil on voit que des visages très souriants et accueillants, mais vraiment pas le trajet. Au bout d'un moment ça devient inquiétant. Le groupe se sépare et on arrive enfin aux barrières. Là des gens qu'on ne connaît absolument pas soulèvent le fauteuil pour passer de l'autre côté, mais je me rends compte qu'il y a beaucoup moins de personnes pour me réceptionner. Les gens autour applaudissent mais ne comprennent pas que je peux tomber facilement.

Arrivés à la place qui nous est réservée on comprend bien que l'organisation italienne ne comptait pas sur autant de personnes en fauteuil. Nous sommes mis à l'écart en attendant que notre place se libère, ce qui n'est pas du tout évident.

Là, j'aperçois Martine une fille que je n'ai vu qu'une fois aux journées nationales de la Frat. Je suis habitée par des sentiments mélangés, entre la crainte de rester à l'écart et de ne rien voir de la cérémonie et la joie de la revoir, après un tel périple, même si je ne peux pas l'approcher.

On doit attendre le passage du Pape pour accéder à nos places. Ainsi on voit le Saint Père passer à 2 mètres de nous. Enfin nous accédons à nos places au pied des escaliers qui nous empêchent de voir la cérémonie.

Au retour avec beaucoup de chance, le groupe se retrouve.

Le lendemain nous commençons les trois jours de catéchèse, dans la salle d'audience du Pape, qui est vraiment impressionnante. Tout commence par une représentation d'une scène de la Bible ( Comment le Verbe s'est fait chair ?, Le Bon Samaritain, La sainteté dans le nouveau millénaire). Ensuite une explication est donnée par un évêque et Jean Vanier qui débouche sur une question donnant lieu à un partage en petits groupes. Après certains groupes vont témoigner au micro. La catéchèse se termine par une messe, vers 14h.

Ensuite nous nous rendons à un endroit où nous pique-niquons au pied du château Saint-Ange (sauf le premier jour, où on a était ailleurs, il y avait pas assez de repas, bref...) que je connaissais depuis des années (surgi d'un livre sur les croisades.) et que j'ai toujours voulu voir. Mais comme les repas durent longtemps, particulièrement pour aller les chercher, les après-midi passent vite. Nous rentrons vers dix-huit heures. Nous ne pouvons donc pas participer aux différentes manifestations organisées pour les jeunes, encore moins visiter les monuments.

Le mercredi soir, nous rejoignons le diocèse de Bordeaux à la Trinité des Monts. Ce lieu est vraiment splendide et je peux enfin me déplacer tout seul au milieu de tous. Ce fut un moment très important pour moi ( car des jeunes de la Paroisse de Talence me reconnaîtrons plus tard et nous préparerons ensemble l'après JMJ, certainement le plus important du pèlerinage). Nous vivons une cérémonie avec des personnalités éminentes et très intéressantes.

Le jeudi nous rentrons pas trop tard à la maison de retraite pour vivre une célébration de réconciliation afin de se préparer au passage de la Porte Sainte et participer à la fête organisée par les invités pour remercier nos hôtes.

Le lendemain, c'est le grand jour. Après une cérémonie dans la salle d'audience du Pape, nous passons sous la Porte Sainte en procession. Pour moi, ce passage n'est pas très significatif, mais j'étais ému d'entrer dans la Basilique Saint Pierre ( est-ce le hasard ou un signe de Dieu, mais c'est à ce moment précis que je peux parler à mon amie Martine que j'avais aperçu lors de la cérémonie d'ouverture et la présenter à Jeanne. Je suis dans un état second, mais qui ne dure pas, car dans ce lieu magique, entraîné on y reste très peu).

Après on revient à la salle où en procession nous apportons notre bougie au pied du Christ. Là aussi je dois me battre pour que ce soit moi qui la porte et non qu'on me la porte pour moi. L'émotion est si intense que je me mets à pleurer.

Nous partons ensuite pour Tor Vergata (cérémonie de clôture), à quelques kilomètres de Rome. Là encore, la place qui était réservée pour nous est prise. Ce site est grandiose, mais en plein soleil. Nous avons beaucoup de chance d'avoir des bus climatisés. Nous mangeons à l'intérieur de ce dernier et nous commençons à attendre. Au bout de 4 h, tout le monde est énervé. Une rumeur passe selon laquelle nous allons passer la soirée à Rome. Une heure plus tard, nous démarrons sans savoir où nous allons. Enfin nous arrivons à l'intérieur du site, sans savoir si d'une part nous pouvons nous installer quelque part et surtout si nous pouvons repartir, car nous n'avons pas amené nos affaires pour dormir.

Finalement, nous avons une bonne place. Comme je ne comprends pas le discours italien du Pape, je pars me promener et je suis impressionné par l'ampleur de l'évènement.

Nous quittons les lieux après un splendide feu d'artifice qui restera dans les annales.

Après une grasse matinée, (enfin une), et une célébration dans le réfectoire, la chapelle étant fermée, nous visitons en début d'après-midi des monuments de Rome. C'est génial.

Le lendemain soir, sur le chemin du retour, nous nous arrêtons à Sainte Baume, près de Marseille, dans un couvent afin de manger et de dormir. C'est un lieu magique, au pied des montagnes, où nous pouvons nous poser après toutes ces aventures. Ce fut nôtre dernière étape.

Ce pèlerinage, très mouvementé, prend enfin pour moi tout son sens aujourd'hui, car j'ai une réelle motivation pour agir en connaissance de cause pour que les personnes handicapées physiques trouvent leurs places dans l'Eglise.

Il est trop tôt pour établir un projet, mais les deux éléments qui me semblent en constituer les fondements sont, d'une part, le témoignage de la personne handicapée (sa vie quotidienne, ses problèmes et les moyens qu'elle emploie pour y pallier.), dans les paroisses, les différents groupes et même ponctuellement au catéchisme ou lors de certaines réunions, d'autre part, le dialogue et la rencontre entre les différents groupes liés aux handicaps.

Enfin, je remercie toutes les personnes qui ont accompagné les handicapés à Rome, particulièrement le comité handicapé et Marie-Catherine Gabilondo qui ont fait face aux innombrables imprévus du à l'organisation italienne.

Je remercie aussi Valérie Leblanc sans qui la rédaction de ce texte aurait pris des semaines..

 

Stéphane Irigoyen, septembre 2000

A Talence

bdp