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Un des grands chantiers de Jacques Chirac fut la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées

Déjà le terme de chances est assez déplacé pour parler des personnes handicapées mais je veux vous présenter un autre point de cette loi.

Elle propose entre autre un complément de ressources pour que les personnes n’ayant pas la capacité physique d’avoir un emploi puissent avoir un revenu de 80% du SMIC. Belle intention mais il faut pour en bénéficier être reconnu d’une incapacité de travail inférieur à 5%.
Je n’ai aucune idée de ce que cela peut signifier. Si on prend comme référence la durée du travail de 35 heures cela revient à pouvoir travailler moins d’une heure trois quart par semaine.
Je suis handicapé physique et j’ai énormément de mal à m’exprimer oralement et encore plus difficilement à l’écrit : en une heure trois quart je pourrai écrire une demie page et j’aurai besoin de deux heures pour récupérer des douleurs que l’écriture me procure.
J’ai donc naturellement fait une demande de ce complément de ressources auprès de la COTOREP, remplacé maintenant par la maison du handicap. Personne ne m’a reçu mais j’ai eu une notification m’indiquant que je n’y avais pas droit mais que je pouvais faire appel auprès du tribunal administratif. C’est très agréable de solliciter un tribunal pour contester une décision qui a été prise par des personnes que l’on a jamais rencontré. Cependant je l’ai fait en demandant clairement ce que je pouvais faire avec ma petite capacité de travail (une heure trois quart par semaine et deux heures de soin pour récupérer).
La réponse que j’ai eu fut un refus avec pour seule explication un texte de loi incompréhensible. J’ai un DEUG de mathématique mais j’aurai du faire du droit.
A l’époque j’étais déjà au tribunal pour une autre affaire dont j’étais victime. Je n’ai pas eu la force de faire appel. Quelques mois plus tard j’allais mieux et je me suis rappelé des mes cours de math et de la démonstration par l’absurde qui pour démontrer qu’un théorème était vrai on postulait qu’il était faux et par de  la logique on arrivait à des hypothèses de départ complètement impossibles ;  ce qui prouvait la véracité du théorème.
En traduction pratique : puisque je n’ai pas droit à cette allocation c’est qu’il existe un travail salarié que je peux effectuer…
Je me suis donc inscrit aux ASSEDIC et à l’ANPE en leur disant que j’avais été reconnu apte au travail et que je voulais donc avoir un travail à tout prix. Même pour cette démarche je me suis fait accompagné pour être sur d’être compris. Mon premier interlocuteur ne parlait qu’à mon accompagnatrice qui a joué le jeu et répétait uniquement ce que je disais c'est-à-dire qu’elle n’a jamais parlée à ma place. Ainsi tout c’est bien passé mais l’agent était bien embêté pour me trouver une catégorie de demandeur d’emploi. Je lui disais que je pouvais faire beaucoup de choses si j’avais en permanence quelqu’un avec moi. Du coup ça aurait fait deux emplois… mais ce n’est pas très réaliste.
A l’ANPE ça c’est mieux passé car la personne qui m’a reçu connaissait un peu le handicap. Déjà elle s’adressait à moi et mon accompagnatrice s’est contentée de répéter ce que je disais qu’elle ne comprenait pas. Elle m’a orientée vers la médecine du travail qui m’a aussi très bien reçu et a fait en sorte que la COTOREP revoit mon dossier qui a été accepté sans problème.
Voilà ce qu’il faut faire pour avoir une allocation dont on a droit. Ceci est un petit exemple de ce qu’une personne en situation de handicap doit faire sans exagération une fois par mois pour tel ou tel problème.
Vive la solidarité, heureusement qu’elle existe, j’en bénéficie et c’est grâce à elle que je peux vivre à peu près comme tout le monde, mais il faut aller la chercher. Bien sur en comparaison avec d’autres pays comme Lettonie par exemple où une personne qui se débrouille bien a droit à un fauteuil pou toute sa vie, la France n’est pas au dernier rang pour l’intégration des personnes en situation de handicap. Mais si on la compare aux pays nordiques où absolument tous les besoins des personnes (aide à la personne : de l’aide à la toilette jusqu’à la simple compagnie pour sortir un peu,  moyens techniques : fauteuil électrique hors de prix mais dont le confort n’est pas un luxe pour une personne qui ne connaît que le fauteuil et le lit, … même des services  d’assistance  pour l’accompagnement et la découverte de la sexualité existent  pour les personnes totalement paralysée) sont pris en charge par la société, le chantier présidentiel est très très  loin d’apporter une vie decente.

bdp